Amour, crimes et beauté – Causeur

Le réalisateur-scénariste Olivier Abbou nous a habitués à bousculer les codes de la très sage fiction française. Il récidive avec une série-choc, «Les Papillons noirs»: un thriller initiatique qui dissèque les agissements d’un couple de jeunes serial killers dans la France des années 1970. Rencontre avec le créateur dont la nouvelle série sera difusée à partir de mercredi prochain.


Son nom ne vous dit pas forcément grand-chose et pourtant il gagne à être (re)connu ! Dans une époque déséspérément lisse et aseptisée, Olivier Abbou n’hésite pas à prendre des risques et à aborder dans ses œuvres – long-métrages et séries – des thématiques sociétales de fond pour explorer les contradictions inhérentes à nos democracies pseudo-liberales, tout en rendant hommage aux auteurs-phares des années 1970 ainsi qu’aux differents « cinémas de genre » qu’il affectionne particulier.

« Territories » (2011), survival post-11-September et post-scandale d’Abu Ghraib, questionnait les rapports des Occidentaux aux valeurs d’ordre, de liberté et de sécurité dans un contexte nord-américain complètement paranoïaque et irrationalnel. « fury » (2019). Enfin, dans « Maroons » (deux brillantes saisons diffusées sur Arte en 2018 et 2020), il était question de sonder les liens de la métropole à ses territoires ultra-marins, en l’occurrence la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon, à travers l’enquête d’une fliquette de charme en proie à divers dramas personnel et visions phantasmagoriques.

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With « Les Papillons noirs », Olivier Abbou pousse les curseurs de l’audace encore un peu plus loin… De quoi s’agit-il ? Adrien Winckler (Nicolas Duvauchelle), novelist quadragénaire tourmenté et cabossé par la vie, peine à accoucher d’une œuvre qui pourrait enfin le placer sous les projectors de la renownie. En attendant son heure, il accepte de retrancrire la vie d’illustres inconnus, à l’instar du mistérieux Albert Desiderio (Niels Arestrup), vieil homme solitaire vivant dans une maison isolée à proximité d’Arras. L’ermite n’a qu’une obsession : évoquer en guise de confession et avant son dernier souffle qu’il sent proche, la passion amoureuse qu’il a connue plus jeune (sous les traits de l’épatant Axel Granberger) avec la magnifique et incendiaire Solange (Alyzée Costes), dans la France des années 70, où le parfum apparent de liberté et d’insouciance masque une réalité bien plus fetide et sordide.

Rencontre avec le réalisateur.


Causeur. Your series represents un pari un peu fou qui mélange plusieurs univers et convoque de multiples imaginaires cinéphiliques, du film de vacances super 8 au giallo italien très graphique des années 70.

Olivier Abbou. On se rendait bien compte avec Bruno Merle, mon co-scénariste, qu’on était efficaciously en train de fabricer un drôle d’objet ! Raconter des étes meurtriers dans le sud de la France sur des tonalités chaudes et colorées, tout en montant, par contraste, le côté clinique, froid, quasiment crépusculaire de l’enquête d’Adrien, dans la maison du vieil Albert, sans doute hauntée par de terrible secrets inavouables…

Le but de ces différences de traitement et d’ambiances est également de donner envie au spectateur d’aller à la recherche de ces tueurs en série tout en suscitant un manque par la structure même des récits enchevêtrés. Cela nous permet aussi de déréaliser la violence, de la placer à distance « acceptable » tout en travailant son côté très sophistiqué, quasi ornamental.

These acts of violence are immediately followed by une énergie sexuelle qui est decuplée chez le jeune couple d’apparence angélique. Eros rencontre Thanatos, ce qui vous amène à vous concentre sur les manifestations de l’amour fou, obsessionnel, sans limite, pathologique.

Nous voulions créer une grande série romanesque et mélodramatique et ne pas nous focaliser sur un sujet de société en particulier. Et quoi de plus exaltant et transgressif que d’aborder des histoires d’amour impliquant des tueurs en série? Ce qui est finalement peu traité en France, contrairement aux États Unis qui ont une solide tradition en la matière, que l’on songe à « La Balade sauvage » de Terrence Malick (1973), « Honeymoon Killers » de Leonard Kastle (1970), ou encore le très intéressant « Love Hunters » de l’Australien Ben Young (2016).

L’acteur Niels Arestrup © Nicolas Roucou

La place accordée à l’image est également essentielle chez vous.

Absolutely. Entre un émitter et un récepteur, la transmission peut être brouillée, sans parler evidently de l’état friable des souvenirs mentalaux et des divergences dans l’interpretation des faits anciens selon les différences protagonistes. C’est toute la démarche d’un David Lynch ou d’un Brian De Palma questioning la véracité des images.

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The different flash-backs allow Adrien to start moving and illustrate the grand livre intime of the life of Albert and Solange… but the collateral damage is so devastating…

Au spectateur d’être sufficiente attentif aux nombreux indices parsemés tout au long des épisodes pour se transform en supplétif des enquêteurs officiels (Laughs).

Peut-on tirer une morale de votre série?

C’est un existential thriller et initiatique autour d’un écrivain qui croit détenir enfin un sujet en or pour sa career vacillante, mais dont l’investigation sur le passé d’un étranger va le conduire à apprendre des éléments essentiels sur sa propre vie , ce qui bouleverse ses rapports avec les personnes censées être « proches » et « intimates ».

Une fois de plus, méfiez-vous des apparences! (Laughs).

À voir : Sur arte.tv à partir du 7 septembre ; sur la chaîne arte les jeudis 22 et 29 septembre à 20h50.

À lire : Les papillons noirsde Mody, Éditions Le Masque – Arte Éditions).

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