Au festival Film francophone d’Angoulême, un vent de fraîcheur sur la comédie

Eye Haïdara (à gauche) et Léa Drucker (à droite) dans « Les Femmes du square », de Julien Rambaldi.

Each year, at the end of the summer, the Angoulême Francophone Film festival is the rendez-vous of French cinema. La grande famille goûte un peu de répit avant le retour à la capitale et les embouteillages de films. Lors de cette 15E édition, du 23 au 28 août, les longs-métrages se sont succédés, qui en competition, qui en avant-première, comme un tour de chauffe avant la sortie en salle, les réactions du public dans les cinémas du center-ville faisant office de barometer.

Le temps d’une petite semaine, la cité de la Charente a retrouvé le paradis des salles pleines : the festival registered 52,000 entries, se félicite son cofondateur, producer et ancien agent de stars, le sexagenaire Dominique Besnehard : « On a fait le plein, et le public de mon âge est de retour deux ans après la pandemic. Je suis assez confident, et la production est très très bonne, y compris les comedies populaires qui sont moins franchouillardes », dit-il. Tous les films n’avancent pas encore de date de sortie, mais la sélection d’Angoulême donne une tendance sur les mois à venir.

Dimanche 28 août, le jury de la compétition, presidé par André Dussollier, a decerné la plus haute récompense (Valois de diamant) à un premier long-métrage, Les Pires, de Lise Akoka et Romane Guéret, anciennes directrices de casting – sortie en salle le 30 novembre. Déjà prime à Cannes (prix Un certain regard), ce film français plonge dans la delicate fabrique du cinéma dit social et raconte le tournage tourmenté, voire malaisant, d’une fiction dans une cité de Boulogne-sur-Mer (Pas-de- Calais).

The unforgettable face of Timéo Mahaut

Le scénario, écrit par les réalisatrices et par Eléonore Gurrey, s’annonçait passionate, interrogeant la responsabilité du cinéaste lorsqu’il met en scène et expose des jeunes aux vies cabossesées. Mais ici le dispositif pèche par son outrance, le cinéaste (interprété par le belge Johan Heldenbergh) se livrant à trop d’excès pour que la réflexion opère realtement. Finally, c’est surtout l’empreinte documentaire du projet qui nous touche et nous trouble : il ya le visage inoubliable d’un enfant, Timéo Mahaut, lui-même issu d’un foyer, scrutant la caméra, interpretant le petit Ryan, une tête brûlée, tout en laissant filtrer sa part de vérité (ou jouant avec elle?), avec ses mimiques, ses silences.

Plusieurs films sélectionnées à Angoulême affichaient un peu le même program, avec leurs portraits de femmes battantes. Certains d’entre eux se sont avérés très bons – mais la concentration engendre forcément des questions: est-ce un choix marketing, le film féministe ayant le vent en poupe? Dominique Besnehard s’en défend : « Ce n’est pas volontaire, he n’a pas voulu surfer sur la vague. C’est seulement après coup que l’on s’est rendu compte de la place qu’occupaient ces films »dit-il.

Les titres des longs-métrages enfoncent le clou, mettant en valeur le prénom de l’héroïne : voici Arlette, de Mariloup Wolfe, l’histoire loufoque d’une ministre de la culture au Québec conconone au méchant ministre des finances ; citons Noémie dit oui, de Geneviève Albert, sur la prostitution des mineures, toujours au Québec, film décevant, faisant primer son esthétique choc au détriment d’une peinture du milieu, ce que réussissait Sauvage (2018), de Camille Vidal-Naquet, sur la prostitution masculine. Il ya aussi Houria, de Mounia Meddour, drame de résilience dans lequel une jeune danseuse, prometteuse (Lyna Khoudri), va devoir se reconstruire après un accident (sortie le 15 mars 2023). Sur le même theme, but out of competition, Tempête, de Christian Duguay, dans un style propre et sans asperité, suit le destin d’une jeune fille passionatenée de cheval, qui tente de se relever d’une terrible chute, avec le soutien de ses parents parfaits – Mélanie Laurent et Pio Marmaï (sortie le 21 décembre).

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Passons très vite sur Une femme de notre temps, de Jean-Paul Civeyrac (sortie le 5 octobre), égamente hors compétition, avec Sophie Marceau dans le rôle d’une commissaire de police, Juliane, qui excelle au tir à l’arc. On se demande bien de quel temps nous parle le cinéaste, avec cette flic jalouse et malheureuse, que l’on voit à peine exercer son métier. Juliane va perdre tous ses moyens dès lors qu’elle apprend que son mari la trompe. Elle va de découvertes glauques en filatures improbables, tout cela traité sur un mode univoque, limite grand-guignol.

« La page blanche », un conte décapant

Mais signalons trois belles découvertes : Annie Colère, de Blandine Lenoir, revisit l’histoire du Mouvement pour la liberté de l’abortement et de la contraception (MLAC), created in France in 1973, avant le vote de la loi Veil de 1975 – sortie en salle le 30 novembre 2022. Littéralement transformée, tout en réserve et timidité, Laure Calamy incarne Annie, une ouvrière dans une usine de matelas. Mariée, enceinte d’un deuxième enfant non désiré, elle finit par entrer un jour dans une antenna du MLAC… Un film d’« utilité grand public ».

Autre coup de cœur pour La Page blanche, de Murielle Magellan (sortie en salle le 31 août), portrait burlesque d’une jeune femme (Sara Giraudeau) qui perd la mémoire – adapté de la BD éponym de Boulet et Pénélope Bagieu (Delcourt/Mirages). Derrière son côté « Amélie Poulain », ce conte doublé d’une romance (Pierre Deladonchamps tel un Pierrot lunaire) reveals itself plus décapant qu’il n’y paraît. Quand une personne ne sait absolument plus qui elle est, mais tente de donner le change (au travail, en amour et en famille), cela donne des situations detonantes…

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Anyway, coup de chapeau aux Femmes du square, de Julien Rambaldi – sortie en salle le 16 novembre. La présence de la tonitruante Eye Haïdara, déjà repérée dans Socialism movie (2010), de Jean-Luc Godard, puis dans Le Sens de la fête (2017), d’Eric Toledano et Olivier Nakache, n’est pas pour rien dans la réussite de cette comédie grand public. Sorte de « Jackie Brown » de la porte de Clignancourt, le flingue en moins, Angèle, d’origine ivoirienne, quitte ses petites combines et la périphérie parisienne pour un poste de nounou dans une riche famille parisienne (Léa Drucker, en mère absente, débordée par son travail).

Passé le choc « culturel », Angèle la grande gueule va devenir indispensable à tous, dynamitant les codes, y compris celui du travail, se battant pour rendre justice à ses camarades baby-sitters exploitées, la plupart d’origine étrangère, maintenues en « sous-France ». Un film hilarious, jusque dans ses excès, qui a réjouir le public. C’est assez rare, et c’est une bonne nouvelle, que les sujets les plus sérieux, de type documentaire, puissent faire de grosses bulles dans la marmite d’une comédie.

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