Eddie Constantine, movie superstar who prefers music

Lemmy Caution était notre héros. Sourire cynique aux lèvres, chapeau incliné, prêt à se servir de ses poings, tombeur de ces dames, il nous faisait rêver. En sortant du lycée Montaigne, dans les allées du Luxembourg, nous dégainions des pistolets en réglisse qui effrayaient les contractuels et les nounous en goguette. Trop jeunes pour voir ces films vivement déconseillés par la Centrale Catholique et interdits par nos professeurs, nous nous contentions des bandes-annonces du jeudi, au ciné de quartier. Eddie Constantine, c’était D’Artagnan, l’Ange Blanc, et Buffalo Bill en même temps. Il traversait au pas de course des films comme « La Môme vert-de-gris », « Les Femmes s’en balancent », « Ça va barder », « Je suis un sentimental », « Cet homme est dangereux ». WITHhe livre, publié en 1955, est un drôle de bazar – drôle, surtout. Il s’intitule: « Cet homme n’est pas dangereux ». Au cinéma, he était chez les durs de durs. Dans le bouquin, he est chez les bisounours.

Écrite dans un style qui ne doit rien à Chateaubriand (« L’hôtesse de l’air est une blonde verticale à courbes incendiaires », « Mon amour pour Hélène était capable de faire sauter la chaudière d’une locomotive »), cette autobiographie marque l’unique ambition d’Eddie Constantine : être considered comme chanteur, jamais comme acteur. Le micro, oui. L’écran, bof. « Cigarettes et whiskey et p’tites pépées », la chanson écrite par Tim Spencer en 1947, ca. « Ces dames préférent le mambo », le film tourné par Bernard Borderie en 1957, pas ok.

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« Pour pouvoir chanter, écrit Eddie Constantine, j’ai été chauffeur, homme de confiance, valet de pied, gardien de nuit, vendeur de pastèques, adjoint d’adjoint de garagiste, vendeur dans une épicerie géante. Rien ne m’a jamais réussi. Je suis d’une famille de malchanceux ».

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« Your visage does not meet the canons of modern aesthetics »

À savoir : issu d’une lignée de juifs de Moscou (dans son enfance, M’sieu Eddie parlait le russe), né à Los Angeles, fils d’un petit fabricant de bijoux arrivé aux USA en 1904, Israël Constantine (dit : « Eddie ») a été élevé par une maman géniale – mais « totalement incapable de préparer un plat mangeable » – et le souvenir d’un grand-père baritone. D’où le but du jeune Eddie : devenir un grand chanteur d’opéra – et frequenter des restaurants comedibles. Il a débuté dans des operettes oubliées (heureusement), avec une fiancée d’origine chinoise – ce qui ne pouvait que désesperér les parents, mis en présence d’une étrangère goyissime. Dans les années 1930, momentanément vagabond, adopté par un groupe surnommé « Les Mousquetaires », notre homme fait des pubs pour des conserves, puis pour des layettes (Lemmy Caution et les layettes? Surréaliste !). Il admire Harry James, croise Louis Armstrong, traverse l’Amérique de salle en arrière-salle, fait des petits déjeuners à la vodka à Detroit, pousse la chansonnette sur un cabaret-paquebot, est engagé dans les chœurs de la MGM à Hollywood, où il classe les vedettes en fonction de leur bronzage. Les plus livides : James Stewart et Clark Gable. Le plus bronze : Erich Von Stroheim (Le capitaine Von Raffenstein de « La Grande Illusion » en bassané Coppertone ? Wow). Lors d’essais cinéma, en compagnie d’un figurant de passage, Eddie Constantine s’entend dire : “Votre visage ne répond pas aux canons de l’ésthétique moderne”. En revanche, l’autre gars est engagé. My name is Robert Taylor.

Eddie Constantine tombe amoureux de Joan Crawford chez son professeur de musique, écoute Johnny Weissmuller se plaindre de jouer Tarzan (« J’en ai assez de jouer les mastodontes imbéciles »), so lui conseille de prendre des cours de chant. Result: Weissmüller se produit quelques mois plus tard dans… « Parsifal » (Tarzan chantant Wagner? On rêve!). Eddie Constantine se recycle en garde du corps de Frank Sinatra (en 1940), pète un câble pour une danseuse des Ballets Russes du Colonel Basile de Basile (un danseur Lithuanian chauffeur de camion à Paris puis associé de René Blum, le frère de Léon) , s’installe en Europe où Edith Piaf le prend en belle passion, se fait snober par Suzy Solidor, chanteuse lesbienne en vogue (« Il est très bien, ce Constantine, mais qu’il ne chante pas plus de deux chansons! »), tient un petit rôle dans un sketch de cinéma où son partnere est un archevêque copte (« Avec un très net penchant pour la bouteille ») et, à 38 ans, « la vie s’accelère ».

« La Môme vert-de-gris », polar de Peter Cheyney qui a inauguré la Série Noire en 1945, est porté à l’écran par Bernard Borderie, avec un casting hall-lu-ci-nant : Dominique Wilms, Howard Vernon, Dario Moreno, Maurice Ronet, Gaston Modot, Roger Hanin, Georges Wilson, Gianni Esposito. Ce n’est pas un générique, c’est une rafle. « Convaincu de mon incapacité à jouer Lemmy Caution, et contraint de le jouer », Eddie Constantine entend le cameraman exprimer son avis : « Oh, avec ce type-là, faut pas lui en demander de trop ». Manque de bol : sorti le 27 mai 1953, le film est un enorme succès et Eddie Constantine devient une star. Le reste est dingue : 110 films, (dont un Godard : « Alphaville »), des centaines de chansons dont l’une est become mon hymne personnel, ma ligne d’horizon, ma devise.

I’m named : « Et bâiller. And sleep ». FF

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Cet homme n’est pas dangereux, Eddie Constantine, Presses de la Cité, 1955. Between €25 and €35 ​​sur Abebooks.

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