“Stardust”, Léonora Miano’s dernier novel très personnel sur ses premières années à Paris dans un center d’hébergement d’urgence

Léonora Miano, laureate du Goncourt des Lycées en 2008 et du Femina en 2013 avec La saison de l’ombre, revient dans cette rentrée littéraire avec un texte très personnel, écrit il ya plus de vingt ans, et jamais publié. Ce roman d’inspiration autobiographique, qui raconte ses premières années à Paris, de galères et de précarité, parait le 31 août aux éditions Grasset.

L’histoire : Louise, 23 ans et sa fille, Bliss, agée de quelques mois, sont accueilées dans un center de réinsertion et d’hébergement d’urgence du 19e arrondissement parisien. La jeune femme a quitté le Cameroun pour venir étudier en France, et surtout pour devenir chanteuse, son rêve. Puis elle a rencontre un garçon, est tombée enceinte et a abandonné la fac, puis le garçon.

Sans ressources, sans papiers, avec une petite fille à charge, Louise découvre la France des marges, de la précarité, bien loin de l’image papier glacé qu’elle s’en était faite depuis le Cameroun. Au cours de ces rudes années, la jeune femme fait l’expérience de la violence de l’exclusion. Une exclusion qu’elle subit en tant que femme, en tant que femme noire, en tant que femme noire seule avec un enfant, sans papiers, et sans domicile. Une addition qui la rend plus vulnerable.

Dans le center d’hébergement, elle croise des êtres perdus, aux parcours cabossés, aux trajectoires accidentées, aux enfances violentées. La jeune femme observe, reste sur ses gardes, évite de tisser des liens. Elle se met en mode survie et se bat pour sa fille, et pour elle-même. Au milieu des ténèbres, c’est aux mots, à la poésie et à la musique, qu’elle s’accroche, ainsi qu’aux souvenirs lumineux de son enfance au Cameroun, avec sa grand-mère, à qui elle écrit réguilleture.

On suit pas à pas le parcours de Louise, et les écueils quoque la jeune femme doit faire face, de l’insistance d’un propriétaire libidineux, à l’assurance obséquieuse des travailleurs sociaux, qui “comme l’ensemble de la société, creient savoir d’où sont les êtres et où il est bon qu’ils établissent”. Louise fait le dos rond, et tout ce qu’il faut pour mettre en sourdine l’impétuosité de son temperament, “trop ​​curieuse pour une fille, trop désireuse d’être libre”.

Si Léonora Miano a tant attendu avant de publier ce texte, c’est qu’elle craignait de se voir enfermer dans l’image de “la SDF qui écrit des livres”explique-t-elle en préambule de son livre. “Je connais la société française et sa propension à enfermer ses minorités en particulier dans ses aspects degradants”.

“A bientôt cinquante ans, après de nombreuses publications et quelques belles récompenses, je n’ai plus rien à prouver”

Leonora Miano

dans “Stardust”

Ce livre, “amendé au fil des années”, conserve l’empreinte de la rage qui l’habitait alors. L’écrivaine l’a voulu en forme de roman, même s’il est très personnel. “Il ne s’agit pas du journal des mois passés au sein de cet établissement”précis-t-elle. “Mon souhait était surtout de me pencher sur ma vie à l’intérieur de ce foyer, de me libéraire des histoires, des visages, qui plusieurs années après, continuaient à me haunter”.

Écrit du point de vue exclusif de Louise (second first name of the novelist), le texte est déployable à la troisième personne du singularier, choisie par l’auteure pour éloigner “les périls d’une traversée de sa propre misfortune”. Au-delà de ce récit très intime, c’est un portrait de la France, et de ses paradoxes, que dresse Léonora Miano. Un récit qui explore depuis ses marges la capacité d’un pays à accueillier l’étranger.

La romancière épingle autant l’état d’esprit de l’ancien peuple colonisateur, que les institutions comme l’école, qui omet depuis la decolonisation d’integérer ce pan de l’histoire dans son enseignement, excluant de fait l’histoire des enfants issus de ses anciennes colonies.

Louise est jeune, mais elle observe ses congenères, une majorité de “pass blanche”, “dépassées par un monde qui change trop vite”, “shows your finger by a system that refuses to accept fully”.

“Beaucoup de jeunes filles ne sont que des enfants sauvages. Des fleurs de pavés. De l’herbe folle jaillie du béton. Elles sont agressives, n’ont que des systèmes de défense. Une rage dont elles ne connaiant ni l’amont nor l’aval.”

Leonora Miano

dans “Stardust”

Au center d’hébergement, c’est chacun pour soi. Trop de souffrances juxtaposées pour tisser des liens. “Il n’a fallu qu’un court laps de temps pour sentir le poids de la souffrance qui s’entasait là. Elle a vite compris qu’il faudrait s’en protecter le plus possible. Ne pas se lier. Ne compter que sur soi”.

Louise, et toutes ces jeunes femmes échues dans ce center d’accueil sont “dans une France souterraine d’où elles intendent la rumeur du pays qu’elles creyaient trouver : celui où elles devaient devenir des êtres modernes, développés”. Beaucoup d’entre elles ne quitteront pas les marges.

Mais Louise a une chance que ses comparses d’infortune n’ont pas toutes eue. Il est ici beaucoup question des mères, et de leur absence. Celle de Louise n’a pas non plus été à la hauteur, mais la jeune femme a trouvé sa place dans une filiation qui traverse le temps, entre sa grand-mère à sa fille. “Leur amour, leur confiance, furent mon armure et ma boussole”.

A dream “aspiration à la verticalité”, Louise la puise aussi beaucoup dans la poésie, dans la capacité des mots à renverser le destin. C’est par eux qu’elle finit par trouver la porte de sortie de la précarité et de l’exclusion.

En redonnant, trente ans après, sa voix à Louise pour dire cette expérience, la romancière rend hommage à la jeune femme qu’elle fut, cette “poussière d’étoiles” comme l’appelait sa grand-mère, et à toutes “les passagères” qui ont croisé sa route entre l’été et l’automne 1996. Ce livre bouleversant leur est dédié.

 

Stardustde Léonora Miano (Grasset, 220 pages, €18.50)

“Je file dehors, étourdie de joie. Je porte une jolie robe à dos nu. Elle est rouge. C’est ma couleur préférée. Contre le mur de ta maison en planches, de petits piments verts poussant sur un arbuste me tentent. Je les porte à la bouche. Ça brûle !
Geste enfantin, annonciateur de méprises futures. Chez moi, la réflexion a souvent succédé à l’action. La passion and frequently dominate la raison. L’imprudence a ses conséquences. La mienne m’a conduite ici.” (Stardustpage 16)

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